Reconnu internationalement pour ses grandes peintures murales colorées, son travail est visible en Colombie, au Mexique, au Pérou, en Équateur, au Chili, en Bolivie, au Guatemala, en Espagne, en Allemagne, au Royaume-Uni, en France, aux Pays-Bas, aux États-Unis, en Autriche, au Népal ou encore en Chine...

Rencontre avec Stinkfish, interview | 27.02.2024 | Par Marion Nestor

Stinkfish crée des portraits saisissants qui capturent l'essence des passants anonymes et des habitants des quartiers populaires. Chacun de ses portraits oscille entre culture contemporaine et traditions anciennes, incarnant ce que Stinkfish définit comme "un mélange de wildstyle graffiti tropical et de pochoirs" ...

Beijing (Pekin), China | August 2015 | Collaboration avec Robbbb (D'après une photo prise à l'aéroport El Dorado // Bogota // Colombie // Avril 2014)

Chiriyacu - Quito, Equateur | le festival Detonarte - Décembre 2015 (D'après une photo prise à Oaxaca, Mexique // octobre 2014)

Bogotá, Colombie | Mai 2011

... Stinkfish, bien que parfois qualifié "d'artiste-anarchiste", rejette cette étiquette, soulignant que de telles caractérisations conduisent souvent à des simplifications excessives et négligent de nombreux aspects de son travail. "Nous avons tous de nombreuses facettes en nous", affirme-t-il. Il considère le graffiti comme un outil permettant d'adopter une attitude critique à l'égard du monde actuel, au-delà d'un mouvement artistique. Par conséquent, l'artiste s'efforce d'être cohérent dans son travail, ses idées, ses relations et ses opinions.

" J'ai été captivé par le travail de Stinkfish lorsque j'ai découvert ses peintures murales dans les rues de Bogota en 2016 ! Et c'est vraiment quelque chose de spécial aujourd'hui, d'avoir eu l'opportunité, près de 10 ans plus tard, de réaliser cette interview ; c'est aussi un grand plaisir de partager l'entrée de nouvelles éditions limitées et de rares pièces uniques de Stinkfish dans la collection de Collectible-Prints." - Marion Nestor

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Qu'est-ce qui t'as attiré dans la culture du graffiti ? As-tu fait partie d'un crew ou en fais-tu encore parti, et si oui, lesquels ?

Bogotá, Colombie | Mai 2018 | Collaboration avec Zasinha @thegruffwriting

J'ai toujours aimé les rues, marcher, me perdre et découvrir de nouveaux endroits, observer comment fonctionne le chaos des villes. Et le graffiti, c'est justement cela : marcher. Une fois que j'ai connu le graffiti de près, j'ai su que c'était la voie que je voulais suivre, celle qui me permettrait de comprendre le monde d'une manière sincère. J'ai commencé avec un groupe d'amis, avec le légendaire groupe Excusado Printsystem, tout en poursuivant intensément mon travail individuel. Aujourd'hui, je fais partie du groupe Animal Power Culture (APC) et du Bogotano de Corte Institute Project (IBDC).

Je suis né à Mexico, mais je vis à Bogota (Colombie) depuis l'âge de 4 ans. Je ne peux pas dire grand-chose de Mexico, si ce n'est qu'il s'agit d'une ville passionnante avec une grande scène d'art urbain et de graffitis. En revanche, Bogota est une capitale latino-américaine typique, une ville assez grande, parfois chaotique, parfois agressive, mais que je considère comme ma maison et où j'ai construit beaucoup de mes amitiés, de mon travail et de mes différents projets. Bogota est ma base de travail et l'endroit où je trouve le temps d'organiser mes idées, de me reposer et de disparaître de temps en temps.

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Peux tu nous parler de ton parcours, de la ville où tu es né et de celle où tu vis ?

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Peux-tu nous en dire plus sur la scène du graffiti à Bogota et sur son évolution au fil du temps ?

La scène de Bogota, bien que jeune, s'est considérablement développée. C'est une ville où l'on peut peindre autant que l'on veut, pleine de graffitis illégaux et légaux, et de toutes sortes d'interventions. Il est certain qu'il y aura bientôt un point de saturation où le jeu changera radicalement. Pour l'instant, nous continuons à nous amuser dans les rues de Bogota.

Je considère la ville du graffiti comme un tout, une sorte d'archipel mondial où l'on parle la même langue dans des rues différentes. Il m'est généralement difficile de parler des différences entre un lieu et un autre ; je préfère exalter le pouvoir de l'appartenance à une scène unie par la passion de peindre les murs.

Barrio Colombia - Medellin, Colombie | le festival Pictopia - Octobre 2015 (D'après une photographie prise lors des manifestations dirigées dans le cadre du procès contre le shérif Arpaio en raison de la violation systématique des droits des immigrés et de la communauté latino // Phoenix - Arizona, USA // Septembre 2015)

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Tu as écrit sur le décret de réglementation des graffitis 075 du district de Bogota appliqué en 2013. Comment perçois-tu l'évolution du graffiti depuis ?

École Sabio Valle - Las Delicias - Intibucá, Honduras | mai 2016 (D'après une photo prise à Tijuana // Baja California // México // juin 2015)

L'expérience n'a pas du tout changé ici en termes pratiques ; mon opinion porte davantage sur la manipulation des imaginaires collectifs à propos d'un mouvement qui émerge comme un moyen de s'émanciper, même si ce n'est que pour de courtes périodes, de la machinerie institutionnelle et commerciale. Je crois qu'il est important d'avoir une opinion sur ce qu'il faut faire ; le graffiti vous donne des outils pour construire un sens critique sur la réalité dans laquelle vous vivez, sur les institutions, la légalité, et plus généralement sur la vie dans ce monde que nous partageons.

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Peux-tu nous expliquer comment se déroule ton processus de sélection des portraits des passants que tu photographies ?

Mon travail sur les portraits est lié à l'espace public, aux modes de représentation dans la rue, où les personnes représentées sont généralement celles qui paient pour être là. Le choix des photographies dans mon travail est traversé par l'anonymat et l'égalité ; tout le monde peut être représentés dans cet espace, la rue. Deuxièmement, il est important qu'il s'agisse de photos non posées, où le moment est réel et quotidien, où l'expression n'est pas conditionnée. En général, ce sont des photos prises dans la rue, dans des lieux publics, à une distance raisonnable, et de personnes que je ne connais pas.

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T'es tu déjà senti en conflit entre le marché de l'Art et la culture du graffiti ?

J'ai toujours considéré ce que je fais comme mon travail, indépendamment de toute compensation financière. Je crois que c'est la raison pour laquelle je parviens à réaliser les projets que je veux faire, indépendamment de l'argent. Lorsque vous comprenez votre travail au-delà de la relation paiement-client, la motivation, le discours et le sentiment changent complètement.

Le conflit est toujours présent, et il est important qu'il existe ; sans conflit, il n'y a pas de réflexion.

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Quels sont les artistes qui t'ont le plus inspiré au fil des années ?

Il est difficile de répondre à cette question, car mes références et mes influences dans mon travail sont très diverses : je ne suis pas seulement un artiste, mais aussi un musicien, un écrivain ou un dessinateur. Lorsque j'étais adolescent, la musique ska, punk et hardcore faisait partie de ma vie quotidienne. Je pense que c'est l'influence principale qui m'a poussé à m'appeler Stinkfish. Je préfère toujours citer mes amis comme influence principale, avec lesquels je partage non seulement un travail, mais aussi des expériences qui nous permettent à tous d'apprendre.

| Un grand merci à Stinkfish pour avoir partagé son expérience.

Crédits photos Stinkfish

Reconnu internationalement pour ses grandes fresques colorées, son travail s'observe en Colombie, au Mexique, au Pérou, en Equateur, au Chili, en Bolivie, au Guatemala, en Espagne, en Allemagne, au Royaume-Unis, aux Pays-Bas, en Autriche, au Népal ou encore en Chine

Plus de peintures murales :

Navajo Nation - Arizona, USA | Septembre 2015 | Collaboration avec KillJoy & Mazatl pour The Desert Painted Project (D'après une photo prise à Boeung Kak // Phnom Penh // Cambodge // mars 2015)

Paris, France | Juin 2018 | @lemuroberkampf (D'après une photographie prise à Xi'an // Chine // Juillet 2016)

Photographie trouvée dans les rues de Shanghai, Chine | Juillet 2016 | Murale à l'Université nationale - Bogota, Colombie | Septembre 2016 | Collaboration avec Empty Boy

Une photographie trouvée dans le Barrio Teusaquillo - Bogotá, Colombie | Septembre 2010 | Murale dans le Barrio Santa Fe - Bogotá, Colombie | Octobre 2010

Extrait du portrait Pioneer Girl d'Aleksandr Rodchenko (1930)
| La peinture murale à Moscou, Russie, septembre 2014

École Sabio Valle - Las Delicias - Intibucá, Honduras | mai 2016 (D'après une photo prise à Tijuana // Baja California // México // juin 2015)

Londres, Royaume-Uni | Juillet 2011